La Méditerranée n’a pas l’extravagance d’un récif tropical et n’a pas besoin de se déguiser en parc d’attractions pour être fascinante. Il suffit de plonger la tête sous l’eau dans une crique rocheuse de la côte de Gérone pour découvrir un quartier plutôt animé : des bancs de poissons qui s’écartent comme s’ils avaient vu arriver le propriétaire, des oursins nichés dans les crevasses et des poulpes dotés d’un talent surnaturel pour disparaître au moment même où vous sortez votre portable.
Le secret, c’est de revoir ses attentes à la baisse. Près de Gérone, vous ne trouverez pas de raie manta géante planant au-dessus du sable comme dans un film pour enfants ; en revanche, vous pourrez découvrir une vie marine bien plus discrète, mais qui sait se montrer très reconnaissante envers ceux qui prennent le temps de l’observer. Et surtout, vous pouvez l’observer sans transformer une sortie de plongée avec tuba, de paddle, en bateau ou en jet-ski en une nuisance motorisée.
Le cadre idéal : rochers, posidonie et eaux calmes
Pour observer la faune, une plage urbaine de sable à perte de vue n’est généralement pas l’endroit le plus propice. Le spectacle commence là où se trouvent des fonds rocheux, des crevasses, des blocs submergés et des prairies de posidonie. Ces habitats offrent un refuge, de la nourriture et des surfaces où poussent des algues et de petits organismes ; en d’autres termes, ils sont l’équivalent sous-marin d’un quartier avec des commerces, des parcs et des colocations.
Sur la côte près de Gérone, les criques et les zones rocheuses sont souvent plus intéressantes que les vastes étendues de sable. La visibilité dépend beaucoup de l’état de la mer, du vent, des pluies récentes et du va-et-vient des bateaux. C’est lors des journées calmes, lorsque le soleil est haut et que le fond n’est pas remué, que la plongée en apnée est la plus agréable.
Les herbiers de posidonie méritent une mention particulière. Ce ne sont pas des algues, mais des plantes marines, qui servent de nurseries à de nombreuses espèces. Vues d’en haut, elles peuvent ressembler à une simple tache sombre ; sous l’eau, ce sont de véritables cités végétales en miniature. Évitez de vous y appuyer, de les arracher ou de jeter l’ancre dessus : ce qui semble être un simple buisson sans importance abrite bien plus de vie qu’il n’y paraît.
Les voisins les plus courants sous le masque
Avec un peu de patience, il est possible de découvrir une petite faune méditerranéenne de poche. Pas besoin de descendre à de grandes profondeurs ni de jouer à Jacques Cousteau avec une GoPro et une serviette humide.
- Les sargues, les oblades et les salpes : ce sont quelques-uns des poissons les plus faciles à repérer. Les sargues et les oblades se déplacent généralement près des rochers et des structures, tandis que les salpes, au corps allongé et aux bandes dorées, peuvent apparaître en broutant parmi les plantes marines.
- Les demoiselles et autres poissons de roche : petits, rapides et bien moins enclins à poser qu’on ne le souhaiterait. Ils se faufilent entre les fissures, les algues et les pierres ; il vaut donc mieux rester immobile quelques minutes.
- Les mulets : près des ports, des brise-lames et des eaux peu profondes, il est courant d’apercevoir des groupes de mulets. Ce ne sont peut-être pas les animaux les plus glamour de la Méditerranée, mais leur présence trahit généralement une certaine activité dans la zone.
- Oursins, étoiles de mer et concombres de mer : ils vivent à un autre rythme, ce qui est une façon élégante de dire qu’ils ne vont nulle part. Il ne faut toutefois pas les toucher ni les sortir de l’eau pour la photo de rigueur.
- Poulpes : ils sont la récompense de celui qui observe calmement. Ils cherchent refuge dans des cavités et peuvent se camoufler de manière surprenante. Si vous voyez un amas de coquillages à l’entrée d’une fissure, vous vous trouvez peut-être devant la salle à manger de l’un d’entre eux.
- Les seiches : on peut les apercevoir sur des fonds sableux ou mixtes, surtout lorsque les conditions s’y prêtent. Leur façon de se déplacer, en ondulant leurs nageoires latérales, est plus élégante que celle de la plupart d’entre nous lorsqu’on entre dans l’eau froide en juin.
Les raies, oui ; les raies manta géantes, pas vraiment
Le mot « raie » suscite souvent un mélange de fascination et d’inquiétude. Il convient de clarifier les choses. Les raies manta géantes océaniques sont des animaux des mers tropicales et océaniques ; on ne les observe ni habituellement ni de manière prévisible lors d’une plongée en apnée près de Gérone. Leur grande taille, leurs nageoires pectorales triangulaires et leur alimentation par filtration les rendent reconnaissables entre toutes dans l’imaginaire populaire, mais elles appartiennent à un autre milieu marin.
En Méditerranée, on trouve des raies et des espèces apparentées adaptées à ces eaux. Certaines peuvent passer inaperçues sur les fonds sableux grâce à leur camouflage, et il existe également des espèces aux habitudes plus pélagiques. Il est possible d’en apercevoir une depuis un bateau ou sous l’eau, mais cela ne doit pas être considéré comme une promesse d’excursion : la faune ne s’inscrit pas et ne consulte pas le carnet de réservations.
L’important est de ne pas les poursuivre ni d’essayer de s’approcher pour « confirmer » ce que vous avez vu. Certaines raies possèdent un dard défensif situé dans leur queue. Ce ne sont pas des animaux agressifs, mais une interaction maladroite peut mal tourner pour le visiteur et, surtout, pour l’animal. Si vous en apercevez une, gardez vos distances, admirez-la d’en haut et laissez-la poursuivre son chemin.
Le code de conduite du bon observateur
La règle la plus utile tient en une phrase : observer, ce n’est pas intervenir. Cela semble évident jusqu’à ce qu’une pieuvre, une méduse ou un animal pris dans une ligne de pêche apparaisse et que l’enthousiasme prenne le dessus.
- Ne touchez pas les animaux, les œufs, les coquillages occupés ni les plantes marines. Même un contact bref peut causer du stress ou endommager les couches protectrices.
- Ne nourrissez pas les poissons. En plus de perturber leur comportement, transformer la mer en snack-bar permanent ne se termine jamais très bien.
- Ne soulevez pas les pierres et ne remuez pas le sable. Il peut y avoir en dessous de petits animaux, des pontes ou des abris.
- Ramassez tous les déchets que vous trouvez si vous pouvez le faire sans risque. Les débris de plastique, les fils et les engins de pêche abandonnés sont des pièges silencieux.
- Si vous voyez un animal pris au piège, n’improvisez pas de sauvetage sous l’eau. Prévenez les services compétents, les secours ou les autorités locales en fonction du lieu et de la situation.
Il convient également de rappeler qu’une espèce belle n’est pas nécessairement une espèce avec laquelle on peut manipuler. Le « dragon bleu », par exemple, est une petite limace marine pélagique à l’aspect saisissant qui peut, dans certaines circonstances, être rejetée sur le rivage. Elle se nourrit d’organismes urticants et peut retenir des cellules urticantes : aussi photogénique soit-elle, mieux vaut ne pas la toucher.
Naviguer sans transformer la côte en mixeur
L’observation responsable ne commence pas au moment où l’on met ses lunettes, mais bien avant. Quiconque navigue en bateau à moteur, à voile ou en jet-ski doit prêter attention aux baigneurs, aux zones balisées, aux fonds marins sensibles et aux animaux à la surface. Réduire sa vitesse près du rivage permet non seulement d’éviter les sursauts, mais aussi de diminuer la houle, le bruit et le risque de collision avec la faune.
Évitez de jeter l’ancre sur des herbiers marins et utilisez, lorsqu’elles existent, les bouées d’amarrage autorisées. Ne poursuivez pas les dauphins, les oiseaux marins ni les gros poissons pour obtenir une vidéo plus spectaculaire. La séquence vidéo peut durer vingt secondes ; la perturbation, bien plus longtemps. Et si vous pratiquez la plongée libre depuis un bateau, signalez votre présence et choisissez une zone sûre, loin des voies de navigation.
La Méditerranée près de Gérone récompense la curiosité sereine. Elle n’a pas besoin de créatures géantes ni de couleurs extravagantes pour vous captiver : une seiche qui change de teinte, un banc de salpes traversant une prairie ou le regard inattendu d’une pieuvre dans une crevasse suffisent à vous rappeler que, sous la surface, la mer continue de vaquer à ses propres affaires. Le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas les perturber.


